Le fil conducteur

À tous les coeurs désinvoltes

Je shunte la mer.
Oui je shunte la mer,
les courants intrépides,
les lents et les rapides,
qui m’alimenteront toujours.

Je shunte la mer.
Oui je shunte la mer,
les amours impassibles
et les armes sans cible.
Impossible n’est pas l’amour.

Si je shunte la mer,
si je pars à la dérive,
c’est pour joindre les deux rives
de ces deux soeurs séparées :
Marseille-Alger.

Je shunte la terre.
Oui je shunte la terre,
je bipasse le monde,
je raccourcis les ondes
qui interfèrent nos discours.

Je shunte la terre.
Oui je shunte la terre,
les accents familiers,
les souliers crottés de ma mère
dans le champ des possibles.

Si je shunte la terre,
si j’arpente les grandes artères
de Marseille ou d’Alger,
c’est pour l’essence d’orange amère
et de menthe poivrée.

Dans la lumière salée de la Casbah ou du Panier,
un parfum de lessive et de cheveux mouillés
descend les escaliers.

Qui sont ces amants déphasés qui prennent des poses lascives,
ces bustes aux épaules opposées, ces bouches et ces gencives
dans la clameur du port ?

Je shunte les airs.
Oui je shunte les airs,
diminue la tension,
cette étrange sensation
qu’il y a de l’orage dans l’air.

Je shunte les airs.
Oui je shunte les airs,
la rumeur du vent,
comme c’était mieux avant
que n’emportent ta mémoire
les courants dérisoires.

Si je shunte les airs,
si je crève les cieux ouverts,
c’est pour la femme que je pleure
qui a tissé sur mon coeur
un petit fil conducteur.

© Emmanuel Fritsch 2016 [première année de présentation au public]. Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite.


Photo : Une ruelle du Panier, Marseille, mai 2016 © Emmanuel Fritsch

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